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La fin de la monnaie papier se heurterait à d'énormes obstacles

Une conférence internationale a eu lieu à Zurich pour faire le point sur cet objectif devenu très tendance ces derniers mois.

L'idée d'interdire l'argent liquide s'est propagée de manière virale ces derniers mois. Par rapport à la crise de l'endettement souverain, les taux d'intérêt négatifs, la propension à thésauriser. La criminalité surtout, les transactions nominales offrant une traçabilité à peu près complète.

Dans plusieurs Etats à problèmes, les paiements en cash de plus 1000 euros ne sont tout simplement plus autorisés. Les banques imposent des limites de retrait journalières ou hebdomadaires. Certains Etats plus proches semblent renoncer volontairement au cash. C'est le cas de la Suède, où la technologie Swish est même utilisée par les sans-abri vendant leur journal associatif. Une conférence internationale de l'Institut Libéral, en collaboration avec l'Université de Zurich et le European Money and Finance Forum, a évalué ces deux derniers jours les arguments de part et d'autre pour mieux appréhender les risques de ce qui apparaît à bien des égards comme le sommet de la répression financière. Les implications ne sont pas seulement techniques, mais soulèvent un certain nombre de questions à propos de la liberté individuelle et des droits de propriété. L'usage d'argent liquide n'est-il pas d'abord une liberté civile? «Les banquiers centraux ne pourraient sans doute plus sortir de chez eux si une telle interdiction était prononcée», a ironisé Jens Ulbrich, directeur du département économique de la Bundesbank à Francfort.

C'est dire si la monnaie papier est loin d'être devenue à son tour une relique barbare. L'Agefi a publié plusieurs articles expliquant que les quantités en circulation avaient d'ailleurs explosé, dans la zone euro en particulier (suite à la crise financière de 2008).

Le faible degré de confiance dans le système financier et économique, les impositions confiscatoires comme à Chypre ou en Argentine, semblent avoir la plus grande influence sur ce phénomène. Ce n'est en tout cas pas l'économie clandestine qui l'explique. Mais aucun impératif de politique monétaire ne peut justifier non plus la fin de l'argent liquide.

Les banques centrales sont non seulement à la source des crises financières, du fait des interventions et des manipulations des taux d'intérêt qui génèrent des investissements non rentables. Leurs politiques expansives génèrent également d'importantes incitations perverses pour les gouvernements en diminuant la pression en faveur de réformes structurelles et en incitant des politiques d'endettement excessives. «Une politique prolongée de taux d'intérêt bas ou négatifs conduit à des distorsions sur les marchés et à des bulles d'actifs, et remet en question les modèles d'affaires des entreprises et des fonds de pension», souligne Jens Ulbrich. La superstition que la taxation des dépôts puisse stimuler l'économie dépasse par ailleurs l'entendement, note Aleksander Berentsen, professeur de théorie économique à l'Université de Bâle. Malheureusement, les sophismes inflationnistes keynésiens sont encore très répandus. Abolir l'argent liquide pour faciliter des politiques monétaires désastreuses n'aurait néanmoins guère de sens.

Il n'en va pas différemment des assertions sur le cash et la criminalité. Les transactions illégales peuvent très facilement trouver des substituts. Le secteur criminel qui affiche la croissance la plus significative est la cybercriminalité, dont les opportunités ne font que croître avec la transition vers les formes de paiement électronique. «C'est une croyance naïve de penser que l'interdiction d'argent liquide puisse mettre un terme au trafic de drogue, à l'évasion fiscale ou à l'économie clandestine », relève l'économiste Friedrich Schneider, de l'Université de Linz. Les estimations statistiques officielles des transactions illégales reposent par ailleurs sur des bases fragiles et surestiment les revenus qui en découlent. C'est un point de vue corroboré par Nikos Passas, professeur de criminologie à l'Université Northeastern à Boston: les scandales qui ont entouré le Libor, de nombreuses institutions bancaires, la fraude de l'ex-financier Bernard Madoff, la crise des subprime et des produits dérivés, et même l'acte terroriste du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis n'ont aucun lien avec le cash: dans ce dernier cas, la seule transaction en argent liquide était légale. Par ailleurs, les statistiques du Fonds monétaire international estimant l'économie clandestine entre 2% et 5% du produit intérieur brut mondial ont été littéralement inventées autour d'une tasse de café sous la pression des politiciens. Des réglementations internationalistes sont insensées de ce point de vue.

Pour certains groupes vulnérables de la population, l'argent liquide joue en revanche un rôle important d'autocontrôle budgétaire: les plus jeunes, les personnes de revenu modeste peuvent mieux suivre, voire réduire leurs dépenses avec l'argent liquide, comme l'observe Nicole Jonker, chercheuse à la Banque des Pays-Bas à Amsterdam. Dans ce pays, 57% des paiements se font aujourd'hui en liquide, malgré la prévalence des possibilités de paiement électronique. Dans les sociétés libérales, la dimension de la sphère privée n'est pas non plus anodine dans ce débat: un système de paiement entièrement électronique octroierait aux gouvernements un pouvoir de surveillance jugé dangereux. A l'avenir, le cash peut être remplacé par des portefeuilles électroniques plus efficients préservant l'anonymat des usagers, sans parler de monnaies alternatives, comme Bitcoin, dont les conséquences ne sont pas encore totalement appréhendées.

Pierre Bessard, L'Agefi

6 novembre 2015