Pourquoi les Français fuient leur pays

C'est un inventaire long comme un jour sans pain qu'a dressé l'avocat fiscaliste français Jean-Philippe Delsol. Dans le cadre d'une conférence sur la surenchère fiscale organisée cette semaine à Genève par l'Institut Libéral, il a énuméré les principales raisons qui poussent les Français à quitter leur patrie. Et la fiscalité arrive en tête de liste. «En France, les recettes fiscales diminuent alors que les impôts augmentent, cela montre que le pays est du mauvais coté de la courbe de Laffer et que désormais trop d'impôt tue l'impôt», estime le juriste.

Ceux qui peuvent partir franchissent de plus en plus le pas et font leur valises. En 2011, ce sont 35.000 personnes qui ont abandonné le pays, contre environ 20.000 les années précédentes. On observe quelque 800 départs par an de contribuables qui payent l'impôt sur la fortune (ISF). «Ces dernières années, ce ne sont plus seulement les vieux riches qui partent vers la Suisse comme dans le passé, mais des jeunes entrepreneurs, entre 35 et 45 ans, qui préfèrent l'étranger», précise Jean-Philippe Delsol. Aujourd'hui, 27% des jeunes Français envisagent de réaliser leur carrière professionnelle hors du pays, contre seulement 13% en 2012.

Cette fuite est d'abord la conséquence d'une fiscalité en hausse à tous les niveaux: impôt sur le revenus, sur les bénéfices, charges sociales, etc. En plus la législation change constamment, parfois plusieurs fois par an, au point que certaines lois ont été remplacées avant même d'avoir été appliquées. A cela s'ajoute un code du travail complexe et des multitudes règles sur la sécurité sociale. Aujourd'hui, les relations entre le fisc français et les contribuables, particuliers ou entreprises, sont exécrables.

Phénomène inquiétant, plus de 50% des Français sont payés par l'impôt. On compte dans le pays 23% de fonctionnaires. Selon l'avocat, c'est 50% de plus que la moyenne européenne. Si l'on additionne le secteur public, le para public, les nombreuses associations, les diverses aides et subventions ainsi que les entreprises qui vivent grâce à des contrats publics, on constate que l'économie française dépend majoritairement de l'Etat.

Plus de 50% du PIB est consacré à la dépense publique. Un phénomène qui concerne tout le Vieux Continent puisque, selon la chancelière allemande Angela Merkel, l'Europe représente 7% de la population mondiale, 20% de la production mais 50% des dépenses sociales de la planète!

Luigino Canal, Bilan

14 mars 2014