À partir de ce mois d’octobre, Frédéric Jollien succède à Nicolas Jutzet comme directeur de l’Institut Libéral en Suisse romande. Dans cet entretien, il explique comment il entend répondre aux défis actuels et insuffler une nouvelle dynamique à l’Institut.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Frédéric Jollien et j’ai grandi dans le Valais central. J’ai d’abord suivi une formation d’enseignant et exercé durant six ans au sein de l’école publique. J’ai ensuite choisi de me consacrer pleinement à ma passion pour l’économie et l’histoire des idées libérales. J’ai obtenu un master en économie et en philosophie à Prague, sous la direction du Dr. Josef Šíma. De retour en Suisse, j’ai travaillé pendant huit ans comme éditeur de publications financières consacrées aux nouvelles technologies, avant de devenir l’auteur d’une publication spécialisée dans le Bitcoin.
Qu’est-ce qui vous motive à vous engager en faveur du libéralisme ?
Fondamentalement, mon engagement en faveur du libéralisme est né d’une quête de vérité. Me battre pour ce qui est vrai constitue mon principal moteur. Au début de la vingtaine, j’étais travaillé par le désir de comprendre les grandes questions politiques et c’est ainsi que j’ai découvert les penseurs libéraux et leurs éclairages. La lecture de Frédéric Bastiat, de Ludwig von Mises ou encore de Benjamin Constant m’a permis de remettre en question certaines idées reçues et de mieux saisir les mécanismes qui façonnent notre société. Ces auteurs m’ont surtout appris à me méfier des solutions simples, des promesses politiques séduisantes et des discours qui en dissimulent les conséquences réelles. Le libéralisme place la liberté et la responsabilité au cœur de la réflexion. La prospérité n’est qu’une conséquence positive de la défense de ces fondamentaux. Il nous rappelle que les individus ne sont pas de simples objets de l’action publique, mais les véritables acteurs de la société. S’engager en faveur du libéralisme, c’est, en définitive, faire le choix de la civilisation face à la barbarie.
Quelle vision souhaitez-vous porter pour l’Institut ?
Dans nos travaux, nous nous concentrons principalement sur la politique publique, l’évolution de nos institutions et les services qui en dépendent. L’instruction publique, la santé et la prévoyance vieillesse sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit. Nous espérons souvent que la politique parviendra à corriger les erreurs qu’elle a elle-même causées et que les responsables politiques prendront conscience des limites des solutions qu’ils envisagent. Cette attente nourrit une vision assez sombre de l’avenir, car les solutions libérales sont rarement privilégiées par des acteurs enclins à renforcer l’intervention de l’État. J’aimerais que l’Institut Libéral accorde un peu moins d’attention aux solutions politiques et davantage aux réponses issues de l’initiative privée. De nombreuses entreprises développent des solutions innovantes pour offrir des alternatives au chaos étatique. Bien souvent, ce sont elles qui provoquent les changements institutionnels nécessaires. Lorsque l’on prend pleinement conscience de cette dynamique, les perspectives apparaissent aussitôt beaucoup moins sombres.
Concrètement, quels sont les changements que vous souhaiteriez apporter ?
Je souhaite avant tout inscrire mon action dans la continuité de l’Institut Libéral en Suisse romande. Mon premier défi sera de me montrer à la hauteur de mes deux prédécesseurs, Pierre Bessard et Nicolas Jutzet, qui ont su maintenir un haut niveau d’exigence intellectuelle, tant dans les publications que dans les événements organisés. Outre les Perspectives que vous tenez actuellement entre vos mains, nos rencontres en présentiel seront bien entendu maintenues. Je pense notamment à la Journée libérale romande, qui se tiendra le 20 février 2027 à Lausanne, ainsi qu’à la Liberty School, prévue au début du mois de septembre de l’année prochaine. Ces rendez-vous ont fait leurs preuves et nous souhaitons continuer à les développer. J’aimerais également apporter ma pierre à l’édifice en renforçant notre présence auprès des abonnés à notre liste de diffusion. Dès le mois d’octobre, je leur proposerai régulièrement des articles et des informations, mais aussi des contenus audio et vidéo réalisés avec des intervenants extérieurs. J’espère enfin nouer de nouveaux partenariats, lancer d’autres activités et vous les faire découvrir progressivement.
D’ici quelques années, qu’aimeriez-vous que l’on dise de votre action à la tête de l’Institut ?
Mon objectif principal est d’amener de nouvelles personnes à s’engager en faveur de la liberté. Ce succès devra se traduire concrètement par un accroissement du nombre de lecteurs, d’auditeurs et de mécènes. C’est pourquoi je souhaite accorder une attention particulière à la jeunesse. Les jeunes sont à un âge où ils cherchent à comprendre le monde et à forger leurs propres convictions ; ce sont également eux qui construiront la société de demain. La mission de l’Institut est de nourrir et de transmettre la flamme de la liberté. Cette mission ne pourra se poursuivre sans une nouvelle génération prête à reprendre le flambeau.



