À la suite des nombreuses dégradations commises en marge des manifestations, certains commentateurs relativisent les destructions au prétexte qu’il ne s’agirait « que de matériel ». Ils oublient pourtant une vérité fondamentale : derrière chaque bien se trouvent du travail, du temps de vie et une liberté individuelle que nul n’a le droit de piétiner.
En marge des manifestations qui secouent aujourd’hui les pays occidentaux, les scènes de destruction se multiplient : voitures incendiées, commerces pillés, ateliers saccagés, vitrines fracassées. Face à ces violences, certaines voix issues de la gauche radicale s’empressent d’en minimiser la gravité, brandissant une formule : « Ce n’est que du matériel. »
Cette formule se présente comme une preuve d’humanisme. Elle sous-entend que défendre la propriété privée serait accorder plus d’importance aux choses qu’aux êtres humains. Ceux qui s’indignent des destructions seraient ainsi soupçonnés de préférer les vitrines aux vies humaines.
Mais cette opposition est intellectuellement malhonnête et cache un vice profondément anti-humaniste.
La propriété privée n’est pas une simple accumulation d’objets. Elle représente le prolongement matériel de l’effort humain, le résultat de choix individuels, de sacrifices et de labeur.
Défendre la propriété, ce n’est pas placer les objets au-dessus des êtres. C’est précisément défendre les personnes contre ceux qui s’arrogent le droit de détruire arbitrairement ce qui leur appartient.
Un individu qui travaille pendant plusieurs années pour acheter une voiture n’a pas simplement acquis un assemblage de métal, de plastique et de composants électroniques. Il a consacré une partie de son existence à cet achat. La propriété est du temps humain et du travail matérialisé.
Chaque heure travaillée représente une heure qu’il ne pourra jamais récupérer. Chaque somme économisée représente une consommation différée, un loisir abandonné ou un autre projet auquel il a renoncé.
Détruire ce bien, c’est donc anéantir le résultat d’une fraction de sa vie. C’est réduire rétroactivement un inconnu à une forme de servitude : s’approprier des heures de son existence pour les sacrifier à son propre plaisir destructeur, sans son consentement.
Une hypocrisie criminelle
Lorsqu’on justifie ces destructions par des revendications politiques, on montre surtout que l’on est incapable de vivre dans une société civilisée et que l’on préfère le règne de la violence arbitraire.
Ce qui rend le slogan « ce n’est que du matériel » si choquant n’est pas seulement son hypocrisie, c’est son indifférence morale. Derrière ce qui est détruit, il existe des vies humaines.
À ces personnes, certains voudraient expliquer que leur perte est secondaire, que leur indignation est déplacée ou que leur souffrance doit s’effacer devant l’importance supposée d’une certaine revendication politique.
Mais qui possède l’autorité morale pour décider que les années de travail d’autrui ne valent rien en comparaison d’une certaine “cause” politique ?
La pensée libérale apporte une réponse sans ambiguïté : personne.
Les convictions politiques, aussi sincères soient-elles, ne confèrent aucun droit de propriété sur la vie et les efforts des autres et la compassion envers les émeutiers ne doit jamais se transformer en indifférence envers leurs victimes.
On peut parfaitement reconnaître l’existence d’injustices, dénoncer les abus de l’État et comprendre les frustrations qui alimentent certaines révoltes sans pour autant reconnaître à leurs auteurs le droit de détruire les biens d’autrui. Une injustice ne saurait en légitimer une autre. La liberté de manifester ne comprend pas celle de porter atteinte à la liberté des autres.
Derrière le matériel, il y a toujours de l’humain
Il faut reconnaître une évidence : une vie humaine vaut davantage qu’une voiture, qu’un commerce ou qu’une vitrine. Mais cette vérité ne permet pas de conclure que la destruction de ces biens est moralement insignifiante.
Car la propriété n’est pas l’opposé de l’humain. Elle constitue l’expression matérielle de son travail, de ses facultés et de son indépendance.
Une société libre ne doit pas choisir entre la dignité humaine et la protection des biens. Elle doit comprendre que la seconde participe de la première.
Le chantage moral que proposent ces militants d’extrême gauche à opposer l’un par rapport à l’autre doit être condamné sans équivoque. Il s’agit d’un cadrage fallacieux, un procédé rhétorique visant à justifier le crime.
Car lorsqu’on détruit le fruit du travail d’un individu, on ne détruit pas simplement ce qu’il possède. On détruit une part du temps qu’il a vécu, des efforts qu’il a consentis et de l’avenir qu’il avait commencé à construire.
Et c’est précisément pour cela que ce n’est jamais « que du matériel ».



