Comme chaque automne, les primes d’assurance-maladie augmentent. Et comme chaque automne, le même diagnostic revient : « le système est à bout de souffle ». Mais de quel système parlons-nous ?
Le système suisse est souvent présenté comme « privé ». Pourtant, l’assurance de base est obligatoire, son catalogue de prestations est défini politiquement, les primes sont contrôlées, les tarifs fortement réglementés et les cantons planifient l’offre hospitalière. Dans ce système, le libre-marché est en réalité réduit à peau de chagrin.
Il est donc curieux de présenter la hausse des coûts comme un échec du marché, alors que la santé est précisément l’un des secteurs les plus réglementés de l’économie suisse.
L’idée d’un financement toujours plus collectif est séduisante : si les ménages ne recevaient plus une prime aussi élevée, le problème semblerait moins grave. Mais faire disparaître la facture ne fait pas disparaître le coût.
Quand le prix disparaît, la rareté demeure
Médecins, infirmiers, médicaments, blocs opératoires et appareils diagnostiques sont des ressources rares. Aucun système de financement ne peut abolir cette réalité.
Lorsque le prix ne joue plus son rôle d’arbitrage, d’autres mécanismes apparaissent : bureaucratisation, restrictions de capacité ou délais d’attente. Dans les systèmes plus étatisés que le nôtre, les listes d’attente sont la norme, la qualité diminue et la bureaucratisation est encore plus prévalente.
Frédéric Bastiat écrivait en 1848 :
« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »
La formule résume parfaitement le piège du financement collectif. Nous voulons tous davantage de soins, de meilleurs traitements et un accès immédiat aux dernières innovations.
La liste de la couverture LAMal montre une volonté de couvrir tous les choix personnels de chacun : transition de genre, acupuncture, médecine anthroposophique, pharmacothérapie chinoise, homéopathie classique, psychothérapie ou encore phytothérapie.
Nous avons fait le choix de ne pas faire de choix.
Et le résultat n’est pas étonnant : la facture prend l’ascenseur.
Plus nous séparons celui qui consomme de celui qui paie, plus nous diluons la responsabilité individuelle dans le collectif et évacuons la nécessité de l’arbitrage. À mesure que chacun est incité à tirer davantage d’un système dont le coût est réparti entre tous, la santé finit par obéir à la logique bien connue de la tragédie des biens communs.
Et si nous essayons davantage de liberté ?
La voie d’une collectivisation accrue a déjà été empruntée par de nombreux pays, avec des résultats loin des promesses affichées. L’idée que la centralisation par une caisse étatique permettrait de réaliser des économies substantielles en supprimant les frais de marketing ou les réserves excédentaires relève largement de l’illusion : ces montants couvriraient environ une année de hausse des coûts. Une fois cette économie ponctuelle absorbée, elle risquerait d’être rapidement effacée par les coûts et les rigidités d’un système encore plus bureaucratique.
La véritable alternative au système actuel n’est pas davantage de collectivisation mais davantage de liberté.
Davantage de liberté pour choisir son niveau de couverture et sa franchise. Davantage de liberté pour les assureurs de proposer des modèles réellement différents. Davantage de transparence sur les prix. Davantage de concurrence entre prestataires. Et surtout, un lien plus direct entre les décisions individuelles et leurs conséquences économiques.
Cela n’implique nullement d’abandonner les personnes qui n’ont pas les moyens de se soigner. On peut aider directement ceux qui en ont besoin sans organiser collectivement chaque choix de toute la population. La solidarité n’exige pas l’uniformité.
Les primes augmentent et le problème est réel. Mais avant de conclure, une fois encore, que la solution consiste à confier davantage de responsabilités à l’État, une autre question mérite d’être posée :
Et si le système de santé suisse était “à bout de souffle” en raison de la direction collectiviste prise il y a plusieurs décennies ?



