25 ans après la chute du Mur

Une soirée de gala à Berlin avec l'ancien président tchèque Václav Klaus a exposé les nouvelles menaces posées à la liberté.

Berlin

Il y a 25 ans tombait le Mur de Berlin — et avec lui le socialisme en Europe. Pour l'Institut Libéral, cet anniversaire devait être célébré au-delà des déclarations et des platitudes officielles, mais aussi inciter à une réflexion sur le statut actuel de la liberté individuelle sur le continent, à un moment où les collectivismes de gauche et de droite semblent dominer le débat. À cette fin, l'Institut, en partenariat avec European Students for Liberty et avec un comité de patronage d'amis berlinois de la liberté, a tenu une soirée de gala, réservée jusqu'à la dernière place, et bénéficiant le Musée de la Stasi de Berlin, le 31 octobre dans la capitale allemande. L'événement a mis en évidence la valeur de la liberté individuelle face aux égarements socialisants actuels en Europe.

Dans son introduction, l'hôte de la soirée, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, a souligné le privilège de pouvoir fêter cet anniversaire dans ce qui est devenu l'une des villes les plus dynamiques d'Europe grâce à l'esprit et à la créativité de ses résidents. Or un tel développement n'allait pas de soi. Malgré tous les défauts qui peuvent être identifiés dans la politique contemporaine des États européens, la soirée doit être dédiée aux accomplissements entrepreneuriaux depuis la fin du socialisme et le tournant décisif de 1989 à Berlin. Les libéraux sont très conscients de l'importance du passé lorsqu'il s'agit de bâtir le présent et l'avenir: c'est pourquoi il a été décidé que l'ensemble du produit de la soirée de gala serait donné au Musée de la Stasi, qui réalise un travail remarquable de documentation de la réalité de la surveillance et de la répression étatiques sous le socialisme.

Au nom de l'association European Students for Liberty, Frederik Roeder a relevé l'universalité de la valeur de la liberté individuelle. De ce point de vue, la mondialisation économique et intellectuelle et la suppression de nombreuses frontières au sein de l'Europe et du monde sont une évolution pleine d'espoir pour la paix et la prospérité, malgré les nombreux défis qui se posent encore. Aujourd'hui, Students for Liberty est représentée sur tous les continents avec des activités menées par les étudiants. C'est un signe positif pour un mouvement tourné vers l'avenir.

Durant la soirée, quatre orateurs internationaux ont partagé leurs impressions sur le développement de l'Europe et le rôle de la liberté individuelle ce dernier quart de siècle.

Vaclav Klaus

Václav Klaus, ancien président de la république tchèque, a décrit le socialisme comme un système irrationnel, répressif, cruel et inefficace, dont l'effondrement fut la source non seulement d'une grande liesse, mais de beaucoup d'espoirs. La chute rapide et quasi-intégrale du socialisme a cependant eu pour conséquence que l'attention des citoyens comme des observateurs académiques se soit très vite focalisée sur les défis de la transformation du système. La mémoire de l'échec social, économique, environnemental et humaniste du socialisme ne fait plus suffisamment partie des réflexions. Les sympathies que de nombreux Européens portent encore à l'endroit du socialisme sont d'autant plus incompréhensibles que le succès relatif de la transformation des économies d'Europe de l'Est est due entièrement à leur orientation sur les principes de l'économie de marché. Il est de ce fait regrettable qu'une vague de centralisation réglementaire et de bureaucratisation de la politique soit désormais orchestrée sous l'égide de l'Union européenne, qui remet en question de nombreuses réalisations de l'ère postsocialiste.

Discours de Václav Klaus:
«25 ans après la chute du communisme: la liberté rapidement regagnée est à nouveau menacée» (6 pages, pdf)

Vera Lengsfeld

Vera Lengsfeld, activiste de longue date en faveur des droits civils dans l'ancienne Allemagne de l'Est, auteure primée et ancien membre du Parlement allemand, a rappelé le courage et l'engagement des citoyens sous le régime socialiste. Elle a souligné en particulier les succès de la résistance de la société civile, à laquelle la politique n'a réagi que tardivement. La chute du socialisme est généralement célébrée par la politique, mais elle aussi et surtout due à l'engagement d'individus courageux. Les tenants de l'ancien régime se sont opposés au travail de mémoire sur les réalités de la répression du socialisme en recourant à la polémique et à la mauvaise foi. Certaines forces politiques tentent encore aujourd'hui de détourner l'attention de l'échec total du système socialiste par le biais de critiques infondées à propos des conditions de vie actuelles, dont certaines faiblesses sont attribuées à l'économie de marché plutôt qu'aux interventions étatiques. Les politiciens occidentaux ont aussi été pris par surprise et déstabilisés par les événements entourant la chute du Mur. La réaction la plus répandue a été de transposer à ces territoires les privilèges de l'État-providence des économies occidentales. L'Union européenne contribue jusqu'à aujourd'hui à uniformiser ces privilèges et à empêcher une concurrence dynamique entre les systèmes qu'auraient permises des libéralisations en profondeur et une différenciation compétitive entre les régions.

Discours de Vera Lengsfeld:
«La révolution pacifique de 1989 et l'Europe d'aujourd'hui» (6 pages, pdf)

Rahim Taghizadegan

Rahim Taghizadegan, philosophe économique et directeur de l‘Institut für Wertewirtschaft à Vienne, s'est penché sur les concepts de la démocratie, de la nation et de la république, qui composaient le nom de l'ancien État socialiste allemand. Ces concepts, comme beaucoup d'autres, ont dû être détournés de leur signification véritable pour donner un semblant de légitimité au régime. Il n'en va pas autrement dans le contexte actuel: les gouvernements se servent volontiers des paravents de la démocratie et de la «volonté populaire» pour exonérer des politiques souvent contestables. Dans l'histoire, de nombreux auteurs ont prévenu des dangers d'une récupération collectiviste de la démocratie. Celle-ci ne doit pas se mouvoir en tyrannie de la majorité sur la minorité — en particulier sur la plus petite des minorités: l'individu. Lorsqu'il est question d'une démocratisation de l'économie, il s'agit en général de dissimuler par de belles paroles les velléités d'y introduire des rapports de pouvoir par la force de l'État, précisément ce qui pensait avoir été surmonté lors de la chute du Mur. Le vingt-cinquième anniversaire de son effondrement devrait servir à célébrer la valeur de la liberté individuelle et à la défendre contre les attaques actuelles.

Discours de Rahim Taghizadegan:
«République, démocratie et nation: une fiction qui a survécu à la chute du Mur» (5 pages, pdf)

Yaron Brook

Dans le même esprit, Yaron Brook, directeur de l'Institut Ayn Rand à Los Angeles, a mis en évidence l'œuvre et les idées de l'auteur d'origine russe Ayn Rand. Réfugiée aux États-Unis après s'être enfuie de son pays, elle fut désemparée par la perception romantique et distordue du socialisme en Occident. C'est dans ce contexte qu'elle rédigea son premier roman, Nous les vivants, qui esquisse une image réaliste de la vie sous le collectivisme (un ouvrage offert par l'Institut Libéral à une centaine de participants, en particulier aux jeunes, lors de la soirée de gala). Cela se caractérisait par la soumission de l'individu aux objectifs collectifs, la suppression de la rationalité individuelle par les dogmes collectifs et la répression des intérêts personnels. De nombreux développements politiques actuels sont de ce point de vue toujours problématiques — aussi bien aux États-Unis qu'en Europe. Le socialisme comme programme politique a peut-être échoué, mais les principes du collectivisme politique demeurent en application jusqu'à aujourd'hui. La défense véhémente de la liberté individuelle est aussi nécessaire qu'il y a 25 ans.

Discours de Yaron Brook (vidéo, en anglais):
«Liberty and the Philosophy of Life» (Video)

9 novembre 2014