Liberales Institut im Dienst der Freiheit

Institut Libéral
Place de la Fusterie 7
1204 Genève, Suisse
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L'avenir du libéralisme

L'inauguration de l'Institut Libéral a réuni plus de 160 personnes à Coppet.

L'Institut Libéral, dont l'inauguration a réuni plus de 160 convives le 27 septembre au Château de Coppet, perpétue une longue tradition intellectuelle dans notre région. D'esprit confédéral et de rayonnement international, l'Institut fait vivre un courant de pensée dynamique et porteur d'avenir. Il élargit le débat sur des enjeux actuels et esquisse des solutions aux défis de politiques publiques, avec pour guides l'autonomie privée, la libre entreprise et un ordre institutionnel décentralisé. L'Institut offre un point d'ancrage pour la défense des valeurs d'une société libre.

À côté de ses initiatives plus appliquées, l'Institut Libéral s'emploie à faire redécouvrir les penseurs libéraux classiques ou contemporains, en particulier à l'adresse des jeunes générations. Il revêt donc une dimension à la fois philosophique et historique, mais aussi économique. Comme l'a relevé Pierre Bessard, directeur de l'Institut et membre de son Conseil de fondation, tous les problèmes de notre temps se rapportent à l'économie, non pas dans un sens matérialiste, mais dans l'analyse de l'action humaine. Le grand économiste viennois Ludwig von Mises, qui rédigea à Genève son œuvre maîtresse et inspira tant le lauréat Nobel Friedrich Hayek que le Genevois d'adoption Wilhelm Röpke, fait ici figure de référence. Mais la diversité d'approches du libéralisme et du travail de l'Institut se reflète aussi dans le programme d'inauguration de son siège genevois. Le Château de Coppet est symbolique à plus d'un égard: c'est un haut-lieu de la liberté, sis en terres vaudoises et d'envergure européenne, ce qui souligne le caractère universel de l'idée de la liberté et l'étendue de l'Institut Libéral, créé il y a 33 ans à Zurich, à toute la Suisse romande.

En effet, «l'esprit de Coppet», a rappelé Léonard Burnand, directeur de l'Institut Benjamin Constant de l'Université de Lausanne, n'est pas qu'une formule: le libéralisme a connu l'un de ses épisodes les plus significatifs, lorsqu'à l'aube du XIXe siècle, des intellectuels venus d'horizons très variés ont commencé à se réunir autour de Mme de Staël. Ce cercle a rapidement exercé une telle influence que Stendhal l'a comparé à des «États généraux de l'opinion européenne», alors que pour Bonstetten, il se dépensait plus d'esprit à Coppet en un jour que dans certains pays en une année. Le caractère de ce groupe est profondément cosmopolite, ce que vise délibérément Mme de Staël: «Les nations doivent se servir de guide les unes aux autres, et toutes auraient tort de se priver des lumières qu'elles peuvent mutuellement se prêter. […] On se trouvera donc bien en tout pays d'accueillir les pensées étrangères; car, dans ce genre, l'hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit.» La défense de la liberté est l'enjeu majeur de leur action. Ainsi Benjamin Constant, l'un des membres les plus illustres de ce qu'il est convenu a posteriori d'appeler le groupe de Coppet, affirmera qu'il a «défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique».

Dans une rétrospective de la tradition intellectuelle libérale en Suisse romande, Olivier Meuwly, historien et chargé de cours à l'Université de Genève, a noté l'influence particulière du contexte du XIXe siècle, où il s'agissait tant de redéfinir la liberté de l'individu et de la conscience dans l'esprit des Lumières européennes que de défendre un régime républicain, face à l'Ancien Régime, puis à l'occupation napoléonienne. Il n'existe donc non pas un, mais plusieurs libéralismes. Dans le Pays de Vaud, par exemple, le libéralisme précède et prolonge la libération de Berne, alors qu'à Genève, il subit davantage l'influence du conservatisme et de l'utilitarisme anglais. Les économistes libéraux français Frédéric Bastiat et Jean-Baptiste Say servent souvent de références en économie, alors que le groupe de Coppet exerce toujours son aura particulière, notamment à travers l'œuvre de Benjamin Constant. Les libéraux romands sont avant tout des praticiens, rarement des intellectuels à plein temps; ils élaborent des synthèses adaptées à la Suisse. Ils s'engagent beaucoup dans la presse, mais publient aussi de remarquables ouvrages d'économie politique. Parmi les penseurs qui ont marqué cette grande époque, on retiendra Antoine-Elisée Cherbuliez, Etienne Dumont, Frédéric-César de La Harpe, Alexandre Vinet et les cousins Charles et Édouard Secretan.

Au XXe siècle, lorsqu'il s'est agi de faire renaître la civilisation des cendres de deux conflits mondiaux, la Suisse est à nouveau le théâtre d'impulsions décisives. Victoria Curzon Price, professeur honoraire à l'Université de Genève et présidente du Comité de l'Institut Libéral, a expliqué que la Société du Mont-Pèlerin, l'académie initiée en 1947 par Friedrich Hayek, avait pour but d'encourager le développement de la philosophie libérale et de réunir ses divers courants, afin de réfuter le socialisme et le collectivisme alors en vogue. La Société réunissait au départ une quarantaine d'éminents savants d'Europe et d'outre-Atlantique. Peu organisée, elle a la particularité de n'exister que par et pour ses membres, au nombre de quelque 700 aujourd'hui. Ils poursuivent l'exploration, jamais achevée, de la liberté et de ses implications. La Société ne diffuse et ne publie rien en tant que telle, mais a donné naissance par génération spontanée à de nombreux instituts à travers le monde, aussi diversifiés que la pensée libérale et ses connotations, mais s'appuyant sur un socle commun: la capacité humaine à s'organiser librement sans recourir à un Léviathan. Les libéraux débattent notamment de la nécessité ou non de l'État, ou de sa taille optimale, nécessairement petite. Mais la plupart s'accordent sur le rôle d'un État minimal et limité pour protéger les personnes et leurs biens. Certains veulent y parvenir par le droit constitutionnel, d'autres par le respect du droit naturel, d'autres encore par la concurrence entre institutions. Des divergences méthodologiques continuent d'exister entre les différentes écoles de la liberté, mais toutes se retrouvent dans l'appréciation de cette valeur comme condition de l'épanouissement humain. Elles nourrissent les débats et font aussi la richesse de l'activité de l'Institut Libéral.

Quel est l'avenir du libéralisme? Pascal Salin, professeur émérite à l'Université Paris-Dauphine et membre du Conseil académique de l'Institut Libéral, a constaté qu'après la chute du Mur de Berlin, c'est davantage la social-démocratie que la liberté individuelle qui a pu s'imposer. Les erreurs du passé ont ainsi pu être en partie masquées. Or la démocratie n'est pas nécessairement synonyme de liberté, mais peut se révéler totalitaire si elle sort de sa sphère. Le libéralisme repose sur trois piliers: la liberté, qui peut se définir par le refus de subir la contrainte d'autrui; la propriété, qui reflète le monde de rareté, et dont la légitimité provient de l'acte de création ou d'échange volontaire; et la responsabilité, qui tient compte des droits des uns et des autres. À partir de ces trois principes de base, les sociétés ont un fonctionnement éminemment complexe, car l'ordre spontané qui en découle repose sur la dissémination du savoir. Tous les constructivismes sont dès lors voués à l'échec, la connaissance parfaite d'un système humain étant impossible à appréhender. Malheureusement, la pensée dominante continue de voir dans la centralisation la réponse aux problèmes de société. Aujourd'hui cela conduit notamment à croire que les crises financières proviennent des erreurs du capitalisme et de la cupidité des financiers, alors qu'elles sont provoquées par l'interventionnisme étatique. On confond la réglementation, qui détruit l'ordre spontané, et la régulation, qui en est précisément issue. Pour corriger ces perceptions, il faut avoir recours à l'expérience, telle la réussite des petits pays dotés d'un degré relativement élevé de liberté, comme Singapour ou la Suisse, laquelle a eu la sagesse de rester à l'écart du centralisme européen. Mais il faut également avoir recours à la réflexion, ce qui est le rôle d'organismes comme l'Institut Libéral, afin d'éviter que la social-démocratie ne gagne toujours plus de terrain.

8 octobre 2012