Liberales Institut im Dienst der Freiheit

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Journée libérale romande 2015

Les perspectives du système de formation de l'avenir, sur fond de pluralisme et de responsabilité privée.

Quel est aujourd'hui le rôle de l'école après d'importantes réformes en Suisse romande? Quelles sont les possibilités de renforcer le pluralisme et la concurrence dans le système de formation? Comment l'excellence, notamment au niveau tertiaire, peut-elle être financée à l'avenir? Comment la Suisse peut-elle favoriser les valeurs civilisationnelles de liberté et de responsabilité à travers son système de formation? C'est pour se pencher sur ces questions que s'est tenue la deuxième Journée libérale romande, à l'initiative de l'Institut Libéral et du Cercle Libéral de Lausanne, le 14 novembre dans la ville de naissance de Benjamin Constant.

Dans son introduction, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, a relevé le défi de l'école publique, où les administrations et des pédagogues conçoivent parfois les enfants comme une masse expérimentale à idéologiser, et de la politique qui voudrait faire de la formation une question comptable, déterminée par l'ampleur des dépenses de l'État. De plus, structurellement, la perception est très ancrée que la formation est une affaire purement ou principalement publique, ce que la proximité des structures renforce. Il y a un risque élevé d'autosatisfaction avec le statu quo, qui est conforté par les classements internationaux désignant la Suisse comme le pays le plus compétitif et le plus innovant. Grâce à la formation professionnelle, les jeunes ont également davantage de perspectives sur le marché du travail et connaissent un faible taux de chômage par rapport aux pays suracadémisés. Cela ne doit pas cependant empêcher de réfléchir à des améliorations nécessaires.

Dans une première intervention, Damien Theillier, philosophe, enseignant, président de l'Institut Coppet à Paris, a dénoncé le discours étatiste qui considère l'éducation comme un bien trop précieux pour le laisser au marché. Son corollaire est la conviction que pour bien faire dans ce domaine il suffirait d'imposer par la loi les meilleures pratiques pédagogiques, chaque bord politique ayant, bien entendu, sa propre conception de celles-ci. À cette illusion, les penseurs libéraux opposent le constat que le principal problème de l'éducation publique ne réside pas dans les choix pédagogiques du moment, mais plus en amont, dans sa nature monopoliste. Cette nature produit plusieurs effets pervers comme la promotion d'une pensée dogmatique au détriment de la libre confrontation de points de vue, la déresponsabilisation des enseignants en raison de l'instauration de logiques bureaucratiques, ainsi qu'un décalage entre l'offre formative et les besoins des élèves due à l'absence d'incitations du marché. De surcroît, la légitimité d'un monopole étatique en matière d'éducation repose sur des bases fragiles. Par conséquent, il serait à la fois utile et juste de séparer l'école de l'État pour permettre un pluralisme éducatif plus en résonance avec une société libre.

Une deuxième intervention de Jacques-André Haury, ancien député au Grand Conseil, a clôturé la matinée. Elle a porté sur la question de savoir si l'école actuelle prépare à affronter la liberté. Pour cela, il est important que les élèves puissent apprendre à distinguer le succès de l'échec et à hiérarchiser l'essentiel et l'accessoire, se situer par rapport aux autres, identifier les règles à respecter, acquérir des bases solides en s'appuyant sur des références et, enfin, maîtriser la langue. Ces objectifs sont difficilement atteints par le socioconstructivisme devenu à la mode dans les milieux éducatifs. En fait, selon ce dogme, les apprentissages font partie du développement naturel de l'enfant. L'enseignant ne devrait donc plus transmettre des règles et des connaissances, mais plutôt se contenter d'agir en tant que facilitateur en plaçant l'enfant dans des situations complexes afin de stimuler les «apprentissages naturels». L'élève se voit ainsi privé de repères, constamment déstabilisé et plongé dans le doute. La diffusion de cette méthode est de surcroît déplorable du fait qu'elle défavorise les élèves moins aptes à faire face à la complexité et obtient des résultats inférieurs à l'enseignement classique en termes de connaissances, compétences et estime de soi.

Le premier des deux ateliers de réflexion de l'après-midi a porté sur les liens entre le système de formation et l'économie, et a bénéficié des propos introductifs du Pr Michel Rochat, directeur général de l'École Hôtelière de Lausanne, et de Fathi Derder, président du Réseau et conseiller national.

Michel Rochat a souligné l'importance de l'internationalité et de la professionnalité dans le développement personnel des étudiants de l'École. Ces deux valeurs sont avant tout promues par une forte sélection à l'entrée: des quelque 1200 candidats annuels, seuls 300 sont finalement admis. Cette sélection permet de choisir des étudiants responsables, engagés, ayant un sens des affaires aigu et une éthique solide. Ces qualités sont par la suite développées en travaillant, dès le début de la formation, en groupes mélangeant différentes sensibilités. Le processus est facilité par les 90 nationalités accueillies au sein de l'École. Le but de cette démarche est d'apprendre aux étudiants à se donner des objectifs, à savoir se comporter dans un milieu international et à progresser par l'échange de feedbacks avec leurs collègues. Afin de garantir ces standards éducatifs élevés, il est pourtant nécessaire que l'École puisse garder sa liberté d'agir, liberté de plus en plus entravée par certaines décisions politiques, et qu'elle puisse bénéficier de la plus grande coopération des entreprises, notamment concernant la mise à disposition de places de stage.

De son côté, Fathi Derder s'est interrogé sur les conditions politiques de l'innovation. Le cadre légal en Suisse a fait ses preuves dans la promotion de l'innovation. On peut néanmoins se demander s'il ne serait pas le moment de se doter d'une politique d'innovation plus franche qui ne soit pas dirigiste, mais incitative. Cette idée vient du constat que les entreprises suisses rencontrent encore des difficultés dans le passage de l'idée à la commercialisation. Cette transition est bien plus aisée dans un pays comme les États-Unis, où des petites entreprises ou start-ups comme Google, Facebook et Amazon ont pu devenir en quelques années des colosses de l'économie mondiale. Une politique d'innovation en Suisse devrait s'articuler autour de trois mesures. Premièrement, lutter contre les contraintes à l'embauche car des entreprises hautement compétitives ne peuvent pas faire abstraction d'un recrutement sur l'échelle mondiale. Deuxièmement, mieux encourager la constitution du capital-risque à travers des mesures de défiscalisation. Enfin, favoriser le tissage de liens plus étroits entre entreprises et recherche universitaire.

Le second atelier de réflexion s'est penché sur le thème de l'importance du pluralisme éducatif privé et il a vu s'exprimer à tour de rôle Pierre-Antoine Hildbrand, secrétaire général de l'Association vaudoise des écoles privées et le professeur Victoria Curzon Price, professeur honoraire d'économie politique à l'Université de Genève.

Pierre-Antoine Hildbrand a rappelé la longue tradition de l'éducation privée dans le canton de Vaud. Encore aujourd'hui, elle représente 1% à 2% du PIB cantonal, s'articule autour d'une cinquantaine d'écoles et concerne environ 15.000 élèves. Deux enjeux sont importants aux yeux des écoles privées. Le premier est le chèque scolaire, proposition constamment rejetée par de larges majorités aux urnes dans différents cantons. Il semble désormais contre-productif de persister sur cette voie. De plus, le chèque scolaire cache le risque d'une perte d'autonomie des écoles privées car quand l'État croit financer, il tend à vouloir en même temps s'arroger le droit de réglementer. Actuellement, aucune école privée ne reçoit de financement du contribuable. Le deuxième enjeu est le problème de la «nostrification», c'est-à-dire le monopole étatique sur la définition des titres d'études reconnus, pouvoir qui limite fortement l'innovation privée. Les associations de catégorie et la reconnaissance de certains diplômes délivrés à l'étranger offrent des possibilités de court-circuiter cette contrainte.

Enfin, au niveau universitaire, le professeur Victoria Curzon Price identifie plusieurs trends qui remettent en question les fonctionnements publics inefficients. Le premier est l'innovation technologique, qui comme dans le domaine de la téléphonie, peut révolutionner l'enseignement, en particulier à travers les «massive open online courses», ou cours en ligne ouvert et massif, qui diminuent les coûts de façon dramatique pour l'étudiant. Des institutions privées complémentaires peuvent répondre aux attentes de soutien pour les diplômes et les certifications. Le deuxième est la diversité croissante du financement, à travers les entreprises, le mécénat et la philanthropie (par exemple des anciens élèves), ainsi que les écolages. Les universités de pointe se concentreront sur la recherche, en interaction plus étroite avec l'économie, ce qui facilitera aussi la concurrence et donc l'excellence. Le troisième trend porte sur l'intégration internationale de l'enseignement, qu'il s'agisse des enseignants ou des élèves. Cela implique une politique migratoire sélective qui laisse la porte ouverte aux talents, mais aussi une plus grande flexibilité dans les rémunérations et les contrats.

Dans l'ensemble, la Journée libérale romande 2015 a montré les potentiels importants du secteur privé dans le domaine de l'éducation et de la formation, sans en épuiser tous les aspects. Ce secteur encore largement dominé par le contrôle et le financement des collectivités publiques, aux dépens des contribuables et du libre choix, recèle de nombreuses possibilités de libéralisation et de rationalisation à travers les initiatives décentralisées et l'innovation. L'école de l'avenir devra offrir plutôt qu'imposer un cadre, au bénéfice de la qualité et de l'utilité.

7 décembre 2015