Liberales Institut im Dienst der Freiheit

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La décennie perdue

Que faire pour que la Suisse s'en sorte mieux dans ses relations internationales à problèmes?

L'Institut Libéral organisait en fin de semaine dernière à Genève une conférence-débat sur le thème «Souveraineté et concurrence des systèmes». Alors que l'OCDE, le G20, l'Union européenne, les Etats-Unis ou la France exercent des pressions inhabituelles, la Suisse ne semble plus en mesure d'assumer ses conditions-cadres compétitives. Premier intervenant, l'ancien président du directoire de la Banque nationale Jean-Pierre Roth (par ailleurs président de la Banque cantonale de Genève et administrateur de Nestlé, Swiss Re et Swatch Group). La source de ce qu'il faut bien appeler les «désajustements internationaux» se trouve selon lui dans le manque de gouvernance. Les systèmes coexistent sans coordination efficace, sans discussion préalable des principes de gestion. Cas typique: le G20, très divisé. L'expérience montre pourtant que de bonnes institutions améliorent substantiellement les relations internationales (GATT-OMC, FMI, Banque mondiale, etc.).

Même constat sur l'Union européenne. Le manque de gouvernance donne des violations régulières de principes budgétaires dès leur établissement. Avec l'incapacité de relever le défi politique lancé lors de la création de l'euro. «On peut parler de décennie perdue pour l'Europe, alors que les conditions économiques étaient plutôt favorables au départ. L'Europe manque de leadership et de politiciens capables de dire la vérité: le vieillissement de la population et la faible croissance économique vont marquer la prochaine décennie.» C'est principalement ce manque de gouvernance qui complique les rapports de la Suisse avec le monde.

Secrétaire général de l'Association des banquiers privés genevois, Edouard Cuendet a fait un rapide, mais saisissant état des lieux du caractère inamical, quasi-impérialiste des tentatives d'intimidation exercées récemment contre la Suisse par les Etats-Unis ou la France. Seul un Conseil fédéral fort, compétent et largement soutenu sur le plan intérieur - ce qui n'est malheureusement pas le cas - peut permettre à la Suisse d'exercer sa souveraineté de manière efficace. «On a vu que les Suisses n'étaient pas bon dans le saucissonnage des dossiers, ni dans le multilatéralisme. Apparemment bien meilleurs dans les accords globaux négociés bilatéralement.»

Rédacteur en chef de L'Agefi, auteur de «La Question suisse» et troisième intervenant, François Schaller a précisé qu'il n'avait pas grand-chose à dire sur la politique extérieure du Conseil fédéral et du Parlement ces dernières années: «Ils ont sans doute fait ce qu'ils pouvaient. Ce fut insuffisant, mais ce ne sera peut-être guère différent ces prochaines années.» Ce qui a changé depuis la fin de la Guerre froide et la grande crise bancaire de 2008, c'est l'affaiblissement dans le monde d'un important corollaire de la démocratie libérale: l'égalité des nations (au sens d'Etat). Le G20, l'Union européenne, les Etats-Unis, la France estiment avoir une sorte de légitimité «démocratique» face à un Etat comme la Suisse, dont la démographie est très «minoritaire». La Suisse, ou des Suisses à titre privé, devraient faire valoir haut et fort qu'il n'y a pas de paix durable dans le monde sans égalité des nations, entretenir le débat sur ce thème, créer un Forum international de l'Egalité des Etats, genre Davos. Ou attribuer régulièrement un prix de l'Egalité des Etats. «Le Parlement norvégien a la chance d'octroyer chaque année un Nobel de la Paix. Une fois à Obama, l'autre fois à l'Union européenne. Avec cela, on crée un climat positif, on se fait des amis au nom d'une cause peu contestable.»

L'Agefi

5 mars 2013