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Le choix de l'Europe entre centralisation et diversité

Quelques impressions de la dixième édition du European Resource Bank Meeting à Vienne.

Le European Resource Bank Meeting, le congrès des think tanks libéraux, s'est tenu du 7 au 9 juin à Vienne pour la dixième année consécutive, réunissant 30 conférenciers (dont Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral) et 200 participants. Avec la crise de l'euro et de la dette et un chômage des jeunes qui atteint près d'une personne sur quatre, l'Europe fait face aujourd'hui à un choix crucial: poursuivre sur la voie fatale de la centralisation et de l'uniformisation ou renouer avec son héritage de diversité et de concurrence à la source du «miracle européen»: de la Renaissance, des Lumières et de la révolution industrielle.

L'économiste Richard Rahn, chercheur senior au Cato Institute (Washington), a notamment relevé l'histoire des villes libres en Europe, qui ont précédé la nationalisation. Les villes-États, de par leur petite taille, ont toujours eu un intérêt intrinsèque aux marchés libres et au libre-échange. Typiquement les petites juridictions sont aussi les plus prospères, à l'exemple historique des villes du nord de l'Italie ou de la ligue hanséatique. L'émergence de juridictions comme Hong Kong ou Singapour, voire les Îles Caïman, «une trainée de sable laide et infestée de moustiques», que la libre entreprise a transformé en place financière et en destination touristique de choix grâce à l'Etat de droit et à un système juridique intègre. Les Îles Caïman ont également renoncé aux impôts dommageables sur le revenu des particuliers et le bénéfice des entreprises et se contentent d'une imposition fondée sur la consommation. Elles constituent en quelque sorte un laboratoire de ce qui peut être réalisé avec la liberté.

Les villes ont toujours été les principaux drivers de la civilisation. Et ce phénomène prend toujours plus d'importance, a relevé le politologue Razeen Sally, professeur à la Lee Kuan Yew School of Public Policy (Singapour). Depuis le traité de Westphalie, le monde est certes souvent perçu comme une collection d'Etats-nations connectés par les investissements directs, le commerce, la libre circulation des capitaux et les migrations. Cependant, les transactions les plus intenses se déroulent entre les villes, où réside désormais plus de la moitié de la population mondiale. C'est une continuité qui s'étend des bateaux vénitiens aux navires conteneurs actuels, en particulier le long des côtes, du fait que 80% des échanges se réalisent par la mer. Le résultat: davantage de bien-être et de prospérité économiques, de liberté morale et de paix politique (traditionnellement le premier argument en faveur du libre-échange). Cette trinité va selon toute probabilité se renforcer à l'avenir, réduisant la tension politique.

Étonnamment, avant l'invasion portugaise du milieu du XVe siècle, l'Asie avait connu une période similaire de cités-États compétitifs, en particulier le long de côte indienne, comme Malacca ou Cambay. Il était caractéristique que leurs dirigeants étaient indifféremment hindous ou musulmans et polyglottes. Ces villes prélevaient des impôts de tout au plus 3% à 6%, elles faisaient appel à des étrangers pour servir de juges et arbitrer le droit marchand, et maintenaient les mers ouvertes.

Plus récemment, Hong Kong et Singapour ont reconnecté l'Asie du Sud-Est à travers une chaîne de valeur qui inclut l'Australie, l'Inde et s'étend vers l'intérieur du continent asiatique. Ces modèles associant droits fondamentaux et concurrence politique permettent un processus de découverte qui stimulent l'innovation et contrastent avec l'approche centralisée et bureaucratique de l'Europe actuelle. Ils privilégient une politique monétaire prudente, maintiennent des niveaux d'imposition modérés et des structures de fiscalité relativement simples, avec des dépenses publiques de l'ordre de 20% du PIB. Dans ces juridictions, l'État a surtout évité de générer une redistribution généralisée en faveur de tous aux dépens de tous et notamment au sein des classes moyennes; il se contente d'un filet de sécurité très basique. De plus, ces cités-États font preuve d'une très grande ouverture au monde, avec des droits de douane de zéro, une liberté totale de mouvement des capitaux et une tolérance aux talents venus d'ailleurs (40% de la population de Singapour n'est pas singapourienne, par exemple). Ils offrent des options d'exit et de vote par les pieds qui servent de point de départ pour d'autres libéralisations par émulation. La Chine a par exemple procédé de la sorte depuis le début de ses réformes, en permettant d'abord à une province le libre-échange en agriculture ou en créant des zones économiques spéciales, comme Shenzhen, qui peuvent ensuite s'étendre ailleurs.

L'inverse est en train de se passer en Europe. «Plus d'Europe», en politique, est devenu synonyme de toujours plus de centralisation, inversant les conditions qui ont permis l'essor du continent. Or, une Europe sociale-démocrate est aussi une Europe moins rationnelle et moins raisonnable, a observé le sociologue Erich Weede, professeur à l'Université de Bonn. La fragmentation de l'Europe a été sa grande chance historique: l'incapacité des hommes de l'État et de l'armée d'unifier le continent a été la précondition d'un État limité. Les deux guerres mondiales ont été faussement interprétées comme des conséquences de cette fragmentation, en oubliant les accomplissements extraordinaires qui avaient précédé et l'unification qui suivit des États nationaux, dont les politiques allaient à l'encontre des deux grandes inventions européennes: l'État limité, d'une part, et le capitalisme, ou l'économie libre, d'autre part. Au début du XXe siècle, les dépenses publiques se montaient à environ 10% du PIB, contre 50% à la fin. C'est une évolution qui trop souvent détruit les incitations, récompense l'échec et pénalise le succès, d'autant plus fortement que le succès est grand. Le gonflement de l'État nuit aussi aux générations futures de par l'endettement monumental qu'il leur lègue et il empêche les ajustements structurels de l'économie. C'est paradoxal lorsque l'on sait que les pays les plus libres économiquement sont aussi ceux où les 10% les moins riches de la population bénéficient des revenus les plus élevés de leur catégorie. L'instauration d'un Etat providence entre pays pour «sauver» l'euro est une recette garantie de déclin. Les libéraux devraient dès lors travailler à renverser ces tendances dans leurs pays respectifs.

Autres informations:
European Resource Bank

14 juin 2013