Nouvelle biographie de Benjamin Constant

Le parcours singulier de l'un des plus grands philosophes politiques des Lumières européennes.

L'un des principaux théoriciens du libéralisme politique européen, Benjamin Constant n'a pas fait l'objet d'une biographie en français depuis trente ans. Artisan des Œuvres complètes du célèbre philosophe, Paul Delbouille, professeur honoraire de littérature de l'Université de Liège, comble cette lacune avec la publication de Benjamin Constant 1767-1830. Les égarements du cœur et les chemins de la pensée, aux éditions Slatkine de Genève, dans le cadre des travaux et recherches de l'Institut Benjamin Constant. La nouvelle biographie, qui a bénéficié d'un soutien de l'Institut Libéral, a été présentée le 7 septembre dans la maison natale de Benjamin, place Saint-François à Lausanne.

L'ouvrage met en lumière le parcours peu ordinaire de cet intellectuel, romancier, sociologue du sentiment religieux et homme politique dont les idées continuent de susciter l'admiration pour leur clarté et leur défense de la liberté en tout. Malgré l'impression superficielle que pourraient suggérer des relations sentimentales tumultueuses (qui le rendent finalement très humain) et de nombreux rebondissements dans l'environnement institutionnel instable qui a suivi la Révolution française, Constant se démarque par la rigueur de sa pensée et son attachement à des principes. C'est ce qui lui valut son rôle de symbole et de guide pour les libéraux, dans sa défense de la liberté de la presse, de l'abolition de l'esclavage ou encore du libéralisme industriel et financier inspiré par le laissez-faire préconisé par les économistes, allié à une éthique puissante de la responsabilité. L'économie libre de marché, contre les privilèges légaux en faveur d'intérêts particuliers, avait déjà été reconnue comme le seul système qui puisse améliorer le sort de la condition humaine. Le traité ambitieux de Constant, les Principes de politique applicables à tous les gouvernements, compilé de plusieurs années de réflexions, de fragments et de manuscrits, fait figure en quelque sorte de chaînon manquant entre L'esprit des lois de Montesquieu et le Contrat social de Rousseau d'une part, et La démocratie en Amérique de Tocqueville, d'autre part, tout en critiquant le libéralisme utilitaire de Bentham. L'ensemble de la philosophie politique constantienne est dédiée à un seul but: la préservation de la liberté individuelle, dont tout procède et vers quoi tout doit tendre. Benjamin Constant surmonte les superstitions qui entourent le pouvoir d'une monarchie ou d'une majorité populaire et défend la liberté sur la base de la raison et de la dignité humaines.

L'influence de Constant en Suisse, très réceptive aux idées de républicanisme, de liberté et de responsabilité, a été également considérable. Sa famille établie dans le pays de Vaud et à Genève, de même que son association durable et tempétueuse avec Madame de Staël à Coppet (en dépit d'un itinéraire résolument européen et français) le ramèneront régulièrement sur sa terre natale, où ses écrits sont largement diffusés et lus. La Suisse est déjà alors considérée comme un rempart contre la tyrannie. En 1807, on célèbre le cinq-centième anniversaire du serment du Rütli, fixé à cette époque en 1307 (avant d'être ramené à 1291), immortalisé par l'historien Jean de Müller à la fin du dix-huitième siècle, et dramatisé dans la pièce du poète allemand Friedrich Schiller, Guillaume Tell, à la première de laquelle Germaine de Staël assiste en 1804 à Weimar. Constant, en défenseur des petits États, de l'autonomie communale et du pluralisme institutionnel, et en opposant de la centralisation et de l'uniformisation, suit par ailleurs avec intérêt les événements dans la Confédération, se réjouissant par exemple, peu avant le Congrès de Vienne, que le canton de Vaud puisse demeurer indépendant de Berne…

Commander la biographie:
Cercle de philosophie politique Benjamin Constant


8 septembre 2015