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Quel avenir pour notre prévoyance?

Les remèdes aux déséquilibres croissants des systèmes étatiques et surréglementés existent.

La prévoyance vieillesse fait partie des grands défis du début du XXIe siècle. Les systèmes collectivisés ne répondent plus aux besoins de flexibilité induits par l'individualisation des parcours de vie. Surtout, ils ne sont plus conformes aux réalités démographiques contemporaines, notamment à l'augmentation de l'espérance de vie, qui implique tant un allongement de la vie active qu'une plus grande responsabilité personnelle, comme l'a montré un séminaire de l'Institut Libéral le 13 juin à Genève.

En Suisse, les prestations de l'AVS sont déjà financées à 27% par des impôts autres que les prélèvements salariaux qui lui sont destinés, tandis que les paramètres politisés du deuxième pilier causent une redistribution toujours plus problématique des actifs aux rentiers, a rappelé Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral. Lorsque des moyens fiscaux de plus en plus importants sont destinés à financer la consommation d'une proportion croissante de la population après la vie active, les individus ont non seulement l'incitation de cesser leur activité trop tôt, mais leur revenu disponible et leur capacité d'investir, d'épargner ou de consommer sont diminués. Or le taux élevé d'occupation qui caractérise traditionnellement la Suisse est un atout qu'il faudrait plutôt renforcer. C'est le travail, déterminé sur des marchés libres, qui crée la prospérité: il est donc insensé de renoncer aux compétences et à la force de travail de personnes moins jeunes. Le concept même d'âge de la retraite uniforme pour tous doit être remis en question. Mais il convient aussi de réfléchir à des alternatives aux systèmes étatisés actuels.

Architecte de la capitalisation du système de retraites au Chili au début des années 1980, l'ancien ministre José Piñera, président du Centre pour la réforme des retraites de Santiago et chercheur senior honoraire au Cato Institute de Washington, a partagé son expérience d'un modèle qui a fait ses preuves et évite les pièges de la répartition. La dette implicite des promesses non financées de l'État-providence se monte en moyenne à 434% du produit national brut dans l'Union européenne. Cela pèse sur la prospérité et l'emploi, comme en témoigne le chômage élevé des jeunes en UE. Cela doit être aussi un signal d'alarme pour la Suisse, en bien meilleure posture, mais qui ne devrait surtout pas s'inspirer d'un modèle «social» qui empêche les gens de travailler. Le système par répartition inauguré en son temps par le chancelier Bismarck a détruit le lien crucial entre l'effort et la récompense, avec pour conséquences la manipulation politique, l'impossibilité démographique et le désastre fiscal. Le changement de paradigme au Chili avec l'introduction de comptes d'épargne prévoyance personnels a permis aux travailleurs de bénéficier des intérêts composés et de se constituer un capital dont la gestion et l'utilisation peut dépendre des choix et des besoins de chaque personne plutôt que de la politique. La réussite économique de ce modèle est incontestable, tout comme ses répercussions positives sur l'ensemble de l'économie.

Lire également l'interview avec José Piñera:
«Les avantages de la capitalisation»

Dans une perspective européenne, Pierre Garello, professeur à l'Université Paul-Cézanne à Aix-en-Provence et directeur de l'Institute of Economic Studies Europe, a souligné la difficulté de faire passer un message en faveur de la capitalisation dans un contexte électoraliste où les gouvernements rappellent régulièrement leur soutien «indéfectible» au système par répartition et cherchent constamment à relever les impôts. Cela crée une grande incertitude et un potentiel d'injustice pour les jeunes générations, contraintes de financer des années de retraite toujours plus longues, sans espoir de pouvoir elles-mêmes bénéficier des mêmes prestations. Les sondages d'opinion montrent pourtant un clair intérêt de la part des jeunes pour la capitalisation. Sur les longues périodes d'investissement qu'impliquent la prévoyance vieillesse et du fait des potentiels encore importants de l'économie mondiale, c'est un système très prometteur pour l'avenir, qui peut aussi s'adapter aux profils de risque dans la durée et selon les tolérances personnelles. Les fonds de pension capitalisés sont plus efficaces, mais aussi plus justes, en particulier pour les personnes à bas salaires, dont le revenu disponible est non seulement moins entamé par les taxes et les impôts, mais dont les fonds de prévoyance sont capitalisés plutôt que redistribués immédiatement. À la volonté d'obscurantisme des gouvernements, il faut donc opposer l'éclairage de ce que peut être un système de retraites performant pour l'avenir.

Les discussions sont vives en Suisse en ce qui concerne le financement futur de l'AVS, mais désormais ce sont aussi les faiblesses de la surréglementation du deuxième pilier qui sont préoccupantes, comme l'a analysé Jérôme Cosandey, chef de projet chez Avenir Suisse et auteur d'«Une cure de jouvence pour la prévoyance vieillesse». La loi sur la prévoyance professionnelle votée il y a 30 ans ne correspond plus aux réalités contemporaines. Parmi les réformes à réaliser, le libre choix de la stratégie de placement et de la caisse de pension au niveau de l'employé permettrait à l'ensemble du secteur de gagner en efficacité. Le libre choix alignerait surtout le système de prévoyance sur les situations personnelles dans une économie qui a gagné en mobilité et en diversité. Le financement durable des retraites implique par ailleurs de dépolitiser un paramètre technique comme le taux de conversion, qui devrait relever de la responsabilité des conseils de fondation. Là aussi, l'allongement de la vie active doit être une option viable pour tous ceux qui ne veulent pas faire face à des rentes réduites en raison de l'augmentation de l'espérance de vie. Même dans un système capitalisé, mais surréglementé, comme la prévoyance professionnelle, il n'est donc pas moins urgent de restaurer un cadre législatif moins déconnecté des évolutions sociales, démographiques et financières. Pour les acteurs de la branche, cela passera par plus d'innovation et de compétitivité.

20 juin 2013