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Une monnaie sans gardien

Les banques centrales cachent mal leur soumission vis-à-vis des banques systémiques.

La monnaie était au cœur de la conférence de l'Institut Libéral, qui s'est tenue mercredi à Genève, en présence de Philippe Simonnot, économiste et auteur de La Monnaie, histoire d'une imposture, et Pierre Leconte, gérant de fortune et président du Forum monétaire de Genève.

Il s'agissait pour l'Institut Libéral de remettre en cause les critiques visant à mettre sur le dos de la dérégulation la responsabilité centrale des crises de ce siècle. Or, les deux dernières crises, si elles démontrent quoi que ce soit, occultent difficilement la responsabilité de l'idéologie étatique (recherche d'une croissance artificielle par le crédit, notamment le crédit à la consommation et immobilier) des démocraties socialisantes.

«Il est particulièrement ardu de faire passer le message selon lequel la monnaie est au coeur de la plupart des crises du XXe siècle, en particulier la crise de l'endettement», insiste Philippe Simonnot, qui n'hésite pas à qualifier les banques centrales de «pyromanes» financiers. «De fait, pour que le grand public puisse se réapproprier un droit quelconque sur la monnaie, il est toujours nécessaire de partir d'une réflexion de base.» Prendre conscience, par exemple, qu'il fut un temps pas très éloigné (encore au vingtième siècle) où les déposants ou épargnants bancaires exigeaient une contrepartie or. Qu'il valait mieux, au XVIIe siècle, confier son patrimoine à l'orfèvre privé plutôt qu'à la Tour de Londres (première banque centrale moderne de l'histoire), mis à sac par Charles Ier. De fait, les intervenants se sont longuement penchés sur le rôle réel des banques centrales comme facteur de crises. Ce, dans la mesure où elles ont légalisé le système de réserves fractionnaires.

En quoi consiste-t-il exactement? Il s'agit d'un système où les banques émettent davantage de monnaie (la liquidité bancaire née des nouveaux crédits) qu'elles n'en disposent en réserves. Dans la mesure où les banques font le commerce des «promesses de payer», le penseur libéral Ludwig von Mises qualifiait cette monnaie de monnaie de crédit ou monnaie fiduciaire, c'est-à-dire basée sur la confiance (ou la naïveté). Or, les réserves fractionnaires permettent une expansion de la masse monétaire (profitables aux banques sur le court terme) décorrélée de la demande réelle d'encaisses. Créant inflation et instabilité (crises récurrentes d'insolvabilité) du système. De fait, il n'y a peut-être rien qui soit aussi socialisant ou communisant qu'un système bancaire fondé sur une banque centrale et des banques commerciales systémiques pratiquant la réserve fractionnaire. Ce n'est pas une opinion mais un constat objectif. Ce système se base sur la concession d'un privilège accordé aux établissements de crédit, avec les distorsions logiques qu'elle suppose sous forme d'expansion de crédit et de cycles récurrents d'essor et de dépression. «Il se trouve de plus orchestré, dirigé, et garanti par une banque centrale, prêteuse en dernière instance, qui exerce la contrainte institutionnelle systématique, dans le domaine bancaire, financier et monétaire.»1

Au lieu de permettre une faillite rapide et naturelle des banques les moins solvables en tant de crise, la banque centrale neutralise les mécanismes qui entraînent le renversement spontané des effets expansionnistes des banques. En étant en mesure d'accroître indéfiniment la liquidité bancaire (via les dépôts issus des crédits) indépendamment du niveau d'épargne réelle, les effets de distorsion sur la structure productive d'une économie réelle se multiplient, de même que les crises bancaires et les récessions qui en découlent.

Supposons une banque procédant seule à un accroissement du crédit (sans l'appui d'un accroissement de l'épargne volontaire). Sa viabilité et sa solvabilité seront remises en cause à travers les mécanismes de compensation interbancaire, qui lui feront perdre ses réserves au bénéfice d'une autre banque. Cependant, dans les faits, les grandes banques systémiques de la planète décident ensemble de s'entendre sur une politique conjointe d'expansion de crédit qui les protège mutuellement contre l'insolvabilité tout en leur assurant des bénéfices importants. Ce qui dont il est essentiel ici de prendre conscience, c'est que «la banque central apparaît généralement à la demande de ces banques, qui souhaitent institutionnaliser le caractère conjoint de l'expansion de crédit par le truchement d'un organisme public servant à l'orchestrer et à l'organiser.» Autrement dit, en cas de crise bancaire, ces banques se sont rendues systématiquement trop-grandes-pour-faire-faillite pour que la banque centrale les laissent précisément faire faillite. Un phénomène appelé «chantage» ou «aléa moral» dans le langage courant… «Il s'agit d'une violation d'un principe essentiel du droit en matière de dépôt bancaire de monnaie, et de la concession d'un ius privilegium à certains agents économiques, les banques commerciales privées, leur permettant d'opérer sans tenir compte de ce principe fondamental de droit et de disposer, pour leur propre bénéfice, de la majeure partie de l'argent déposé à vue.»2

1, 2 «Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques», Jesús Huerta de Soto, L'Harmattan, 2011.

Levi-Sergio Mutemba, L'Agefi

23 novembre 2012